Mettez vous à jour : les graphistes peuvent travailler avec des solutions libres !


Depuis peu, la maison d’éditions D-Booker s’est penché sur la thématique des alternatives informatiques en réalisant un dossier consacré aux entrepreneurs. Elle propose sur site une interview plutôt intéressante sur l’un des métiers les plus réfractaires aux logiciels libres : le métier de graphiste.

Il faut l’avouer, c’était osé, tant les logiciels propriétaires font partie intégrante de cette profession. Pourtant ce genre de spécialistes existent par nécessité, et le plus souvent lié à la conjoncture économique. C’est le cas de Camille Bissuel, illustrateur et formateur indépendant (nylnook), situé dans les Hautes-Alpes.

Ancien graphiste « généraliste » entre 2008 et 2012, il s’est spécialisé dans l’illustration depuis 2013 et propose des formations sur les logiciels libres qu’il utilise quotidiennement. Comme la plupart des graphistes lambda, il a été formé sur la suite Adobe (Photoshop, Illustrator, Indesign etc.) et sur le logiciel de modélisation 3dsmax.

Des motivations économiques et techniques

Ainsi, dans l’optique de se mettre à son compte et avec un peu de curiosité, Camille Bissuel s’est toujours intéressé aux alternatives libres. Il y a en effet plusieurs « motivations » à cela cite Camille : « La première c’est qu’en m’installant je ne pouvais pas payer les logiciels propriétaires (aujourd’hui encore c’est plus de 7000 € pour la suite Adobe au complet et 3ds Max, et ma première facture était à 200 € !) ».

The Sky Tightrope WalkerNylnook in the snow
Ces deux œuvres de Claude Bissuel sont sous licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

 

Puis un autre souci va susciter chez le jeune graphiste le besoin de se tourner vers des solutions libres: « La deuxième motivation était la pérennité de mes donnéesj’avais déjà fait l’expérience douloureuse de ne pas pouvoir récupérer mes propres créations enregistrées avec Photoshopparce que je n’avais pas pu installer/payer Photoshop ! En libre, je suis sûr que j’aurais toujours accès à mes fichiers dans 20 ans sans avoir à demander l’autorisation à Adobe ! ».

La dernière motivation est plus spécialisée comme l’explique Camille : « Si vous avez déjà utilisé 3ds Max sur Windows, vous avez pris le réflexe de sauvegarder toutes les 2 minutes, car le crash (du logiciel et/ou de tout le système) n’est jamais très loin. Pour le même travail fait sur Blender et sous Linux, il y a 100 fois moins de crashs, sans exagérer. Et si par malheur Blender plante, il ne plante jamais LinuxÇa n’a l’air de rien comme ça, mais ne pas passer 20 ou 30 minutes par jour à redémarrer sa machine, et autant à refaire le travail perdu, c’est un vrai confort ».

S’investir pour pallier aux contraintes des solutions libres

Bien entendu, les logiciels libres ne sont pas exempts de certaines contraintes, notamment sur le plan du travail collaboratif. En effet, beaucoup de professionnels utilisent des fichiers issus de logiciels propriétaires le plus souvent non standardisés à l’instar du *.doc de Microsoft ou seul le logiciel de traitement de texte Word est capable de lire correctement les spécifications de ce type de fichier texte. Un « problème récurrent » selon Camille Bissuel qui explique avoir trouvé une solution pour améliorer les échanges avec ses collaborateurs : « je suis allé jusqu’à mettre en place un mail de réponse automatique qui demande de me renvoyer le fichier soit en .pdf, soit en .odt, soit simplement le texte dans le corps du mail, et les images en pièce jointe».

L’autre contrainte que redoutent par-dessus tout les graphistes plutôt ancrés dans leurs habitudes, c’est de perdre en fonctionnalités, ergonomie et simplicité. Qui n’a pas entendu un graphiste râler sur Gimp en tentant de maîtriser ses interfaces pour accéder aux fondamentaux. On pourrait essayer de comprendre pourquoi Inkscape ne gère pas en natif un module d’export CMJN contrairement à Krita qui possède cette fonctionnalité de manière native ? Pour l’illustrateur des Hautes-Alpes, le problème vient fondamentalement du temps, il explique que le concernant « Pour basculer complètement, ça m’a pris environ deux mois pour la 2D (Gimp – ce serait Krita aujourd’hui – , Inkscape, Scribus) sans manuel ou aide, et trois autres mois sur Blender, avec un bouquin. Avec un livre, un formateur ou de l’aide, ça va plus vite ! ».

Quelles sont les solutions libres d’aujourd’hui disponibles pour les graphistes  ?

Notre ouvrage « Solutions informatiques pour les TPE…avec des logiciels libres » en détaille plusieurs, comme GIMP (retouche d’image), Scribus (PAO) ou Inkscape (dessin vectoriel). Ce qui est intéressant avec le témoignage de Camille Bissuel, c’est qu’il apporte un éclairage sur d’autres alternatives, par exemple avec l’apport de Krita capable de gérer de manière efficace la peinture numérique. D’autres logiciels libres existent, mais qui ne sont pas obligatoirement multiplateformes comme Darktable pour le traitement photo, G’Mic pour des filtres, PDFMod pour l’édition de PDF, etc. On peut affirmer sans extrapoler qu’il y a actuellement des solutions libres tout à fait capable de vous aider dans le cadre de votre activité et cela même dans le domaine du graphisme accro’ aux logiciels non libres. Un graphiste qui veut s’y investir peut tout à fait trouver son compte, et avec un peu de temps, prester aussi efficacement auprès de ses clients qu’avec du logiciel propriétaire.

Au sein de l’équipe nous avons été impressionnés par l’implication de ce type de professionnels qui ont fait le choix d’utiliser du libre dans une logique économique tout à fait compréhensible. Et vous qu’en pensez-vous ?

Vous trouverez l’interview dans son intégralité sur le site de D-BookeR : ici

 Finally found the mirror boatTransparent Chameleon

 

 

 

 

 

Ces deux œuvres de Claude Bissuel  sont sous licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.