Dimitri Robert, des jeux aux logiciels libres


Dimitri Robert

Dimitri Robert a pris en charge la rédaction du module « Créer son image de marque » du guide des solutions informatiques pour les TPE. Ce module couvre les besoins en matière de retouche photo, de dessin vectoriel et de mise en page ou PAO (Publication Assisté par Ordinateur). Il présente dans ce module les notions de base permettant une bonne compréhension des notions d’images numériques ainsi que les logiciels GIMP, Inkscape et Scribus.

Cette interview a été réalisée par Bruno Soulié.

Bonjour Dimitri, je te propose de commencer par une petite présentation générale de ton parcours assez atypique !

Après un Bac S et un Deug A (diplôme universitaire du siècle dernier composé essentiellement de maths et de physique dont j’ai conservé peu de restes) j’ai suivi des études d’informatique en école d’ingénieur à Marseille (où j’installe ma première distribution Linux). À la sortie je me disais que je ne travaillerais jamais dans les systèmes et réseaux et que ma voie était dans la programmation.

J’ai réalisé mon stage de fin d’études (puis j’y suis resté) chez Lankhor, développeur de jeux vidéo en région parisienne. J’y suis resté presque deux ans, jusqu’à la fermeture fin 2001.

Avec quelques anciens salariés, nous avons réfléchi à la possibilité de monter un nouveau studio, mais le projet n’a pas abouti.

linux-pratiqueChangeant de registre je me suis retrouvé rédacteur en chef de Linux Pratique, lors de la relance du titre en 2003 après deux années de sommeil (j’écrivais déjà dans Linux Magazine depuis 2000). C’est à cette époque-là que j’ai commencé à m’impliquer dans la « communauté du logiciel libre », à côtoyer des associations comme Parinux, l’Aful, l’April.

Cette période reste pour moi le véritable point d’entrée dans le monde du logiciel libre via de nombreuses rencontres qui en appelleront sans cesse d’autres. C’est également cette expérience qui développe mon sens pour l’écriture et me permet de prendre suffisamment de recul pour mieux transmettre mes connaissances.

Ayant abandonné Linux Pratique me voici de retour au chômage, cette fois-ci beaucoup plus détendu, sans céder à une culpabilité malsaine. Ce qui m’a laissé du temps pour aider à l’organisation d’événements tels que LinuxÉdu à Archamps (Haute-Savoie) et GameOver à Limoges (c’est d’ailleurs à Limoges que naquit l’idée, un 1er avril, d’écrire un livre sur GIMP chez Eyrolles). J’aime beaucoup l’idée que l’on puisse être utile sans avoir d’emploi.

Sur les conseils d’amis, le retour à l’emploi s’est fait dans l’administration systèmes et réseaux (et pourtant j’avais dit…). Retour dans l’école d’ingénieurs qui m’a diplômée à Marseille (intégrée plus tard au réseau Polytech) comme technicien au service informatique : expérience fort enrichissante tant sur le métier que sur le plan humain. Puis je passe les concours de la fonction publique sans grande conviction (je n’avais pas envie de bouger de ma situation précaire) et réussis celui du rectorat. Changement d’ambiance, la première année se passe mal sur le plan humain. C’est à ce moment que naît l’idée de créer un centre de formation, de créer ma propre activité, d’être libre.

Je suis resté deux ans de plus au rectorat, mais dans une autre équipe où l’humain passait avant les considérations futiles. Cependant, pas question d’abandonner l’idée de former les gens aux logiciels libres : non seulement l’idée me trottait dans la tête depuis l’époque Linux Pratique, mais nous sommes maintenant deux engagés dans le projet.

Libres à Vous naît officiellement à Marseille en mai 2010 et nous proposons des formations essentiellement portées sur le graphisme (avec GIMP, Inkscape et Scribus), la découverte de l’ordinateur, le Web avec WordPress et même une formation Linux au quotidien pour des non-informaticiens. Mais gérer une Scop à deux est une gageure et la société Libres à Vous referme ses portes en janvier 2014. Mais l’esprit est toujours là !

Changement de climat et de modèle, je propose désormais mes services de formateur sous le statut d’entrepreneur-salarié (au sein de la coopérative Artefacts, basée en région Centre) et via le site http://formation-logiciel-libre.com/.

Le jeu vidéo est une œuvre de l’esprit qui implique un ensemble de supports multimédia. Ce n’est pas encore un art certes, mais le niveau de créativité et d’implication est tel que cela peut le devenir. Est-ce cela qui t’a donné le goût de te diriger vers le graphisme, l’image ou c’est quelque chose qui t’a toujours attiré ?

Je considère le jeu vidéo comme un art, même s’il n’est pas reconnu comme tel officiellement. Cependant il fait appel à d’autres arts comme l’image, la musique et, oserais-je avancer, la programmation ! Même si j’ai utilisé des logiciels de graphisme lors de mes années Lankhor (création de textures, montages photo pour des recherches d’ambiance), j’avais tâtonné la retouche d’images avant.

Cela remonte au lycée et son fameux journal. Je m’étais acheté un scanner à main pour numériser des photos argentiques et les retravailler à l’écran.

Depuis quand t’intéresses-tu aux logiciels libres ? Et plus spécialement au logiciel de traitement d’image GIMP ?

gimplogoEn 1998, alors étudiant, j’ai installé ma première distribution (une RedHat 5 je crois) avec l’aide de deux camarades de promotion. Je l’ai cassée et réinstallée plusieurs fois (c’est formateur).

Mais le vrai basculement eu lieu début 2002 avec l’adoption d’une Debian et l’abandon assez rapide de Windows. Je me suis également mis à GIMP, mais sans l’utiliser à fond.

Tu es l’auteur de GIMP 2.8 des éditions Eyrolles, qu’est-ce qui t’a amené à réaliser ce projet ? Existe-t-il en format numérique à l’instar de Solutions informatiques pour les TPE ?

Gimp 2.8Lorsque j’étais rédacteur en chef de Linux Pratique, j’étais en contact avec des éditrices d’Eyrolles et O’Reilly France (aujourd’hui fermé). Muriel Shan Sei Fan, à l’époque éditrice au secteur informatique chez Eyrolles, a énormément œuvré pour promouvoir les logiciels libres par les livres. Le 1er avril 2005 nous nous sommes croisés à Limoges (à l’occasion de GameOver, salon du jeu vidéo sur plateforme libre). Elle m’a demandé si je pouvais lui écrire un livre sur le peer-to-peer. N’étant pas expert sur ce sujet à la fois technique et politique je lui ai proposé à la place un livre sur GIMP (que je ne connaissais guère, mais l’écriture du livre m’a obligé à approfondir le sujet).

Il existe également en format numérique, mais il s’agit seulement d’une copie PDF du livre papier. Il n’y a pas de contenu dynamique tel que des vidéos.

Raconte-moi comment tu as été sollicité pour le projet Solutions Informatiques pour les TPE…avec des logiciels libres ?

Philippe Scoffoni cherchait quelqu’un pour rédiger la partie « Créer son image de marque » nécessitant la connaissance et la pratique de logiciels de graphisme. Il a cherché parmi les formateurs en France et les enseignants de la licence Colibre à Lyon et m’a trouvé dans les deux cas.

Quels sont les écueils que peut traverser le gérant d’une TPE lambda en utilisant les solutions libres citées dans l’ouvrage ? Et plus précisément les graphistes ?

La diversité est une force pour le logiciel libre, mais peut être un frein pour le gérant qui veut des solutions qui fonctionnent et n’a pas le temps de défricher toute l’offre. Aussi, l’avantage de ce livre est de proposer un échantillon éprouvé, testé et pratiqué par les auteurs.

Le second écueil réside dans la prise en main. Un changement de logiciel est toujours abordé avec appréhension et ne doit pas être décidé à la légère.

Une autre erreur serait de croire qu’en utilisant des logiciels différents de vos prospects, clients et partenaires vous ne pourriez plus communiquer avec eux. Tant que vous utiliserez des formats ouverts (dont les spécifications sont publiques) vous n’aurez aucun problème. Lesdits formats ouverts sont largement mentionnés dans le livre.

Pour les graphistes le risque est de penser que les trois logiciels GIMP, Inkscape et Scribus empruntent des fonctions les uns aux autres comme c’est le cas avec la suite d’Adobe alors que chacun a son usage bien précis et le fait bien. Par exemple, je déconseille toujours de mixer texte et image dans GIMP : même s’il dispose d’un outil texte, l’usage d’Inkscape vous fera gagner du temps et vous ouvrira bien plus de perspectives.

Que penses-tu de ce guide maintenant que le livre est sorti ? Penses-tu qu’il peut apporter un éclairage sur les logiciels libres aux professionnels ?

Je suis assez content du résultat (ça ne se ferait pas de dire le contraire, mais je suis sincère). Je ne pense pas que ce livre permette aux professionnels de maîtriser tous les logiciels cités, d’ailleurs, ce n’est pas son but (il comprendrait dix fois plus de pages sinon). Mais il présente un grand nombre de solutions aux problèmes que se pose un entrepreneur lorsqu’il doit répondre à de nouveaux besoins.

Il ouvre également de nouveaux horizons en montrant des possibilités qui n’étaient pas envisagées avant. Ensuite, le lecteur est libre d’investir du temps dans l’apprentissage des logiciels désirés, voire de suivre des formations.

D’ailleurs j’anime une formation traitant des sujets du livre au mois de janvier 2015 dans le cadre de la coopérative de formation de l’association Minga.